Alger, un laboratoire architectural

Alger, un laboratoire architectural

L’Europe est en pleine effervescence en cette seconde moitié du XIXe siècle dans les domaines artistique et littéraire. L’architecture n’échappe pas à la règle. Mais la rigueur et l’autorité des organes de décision ne permettent pas à cette effervescence de s’exprimer à travers les villes françaises. Alger devient tout naturellement un champ d’expérimentation.

Pendant un siècle, entre 1830 et 1930, cette architecture est partagée entre néo-classicisme européen utilisant toutes les déclinaisons du vocabulaire décadent : colonnes, pilastres, corniches, bas relief floraux… Les percées de La Basse Casbah, vers Bab el Oued ou les actuelles rues Abane Ramdane, Ben M’hidi, Réda Houhou et Didouche Mourad en sont marquées.

C’est une architecture très disciplinée, du moins dans ses débuts, un ordre souvent accentué et agrémenté par des arcades. Puis elle se dévergonde, se diversifie, s’abâtardit, pour, enfin, s’enrichir pour donner les immeubles surchargés de la rue Didouche Mourad. Quelques monuments se distinguent particulièrement : les palais du Front de mer, l’ex-Assemblée Nationale (actuel Sénat), la Banque Centrale, la façade de la place de la Lyre (porteurs de l’encorbellement) et, plus tardivement, la véranda soutenue par des colonnes de fonte à la jonction de la rue Ahmed Zabana et Souidani Boudjemâa, les façades de la place Pékin ou de la rue Débussy. Cette architecture va prédominer près de 70 ans.

L’Exposition universelle de 1889 à Paris révèle la crise de l’architecture : de nouveaux matériaux s’imposent dans les structures (Tour Eiffel) cachés ou intégrés avec des références gothiques, roman, byzantin ou divers régionalismes.

A Alger, le « Comité du Vieil Alger » est créé en 1900 avec pour objectif de préserver la ville « turque ». Un style, à partir de pastiche de l’architecture arabe, naît entre 1904 et 1914. De nombreux bâtiments datent de cette époque : la Grande Poste, la Préfecture (actuelle wilaya), les Galeries de France (Nouvelles Galeries Algériennes), le bâtiment de la Dépêche algérienne du Bd Khemisti, la Medersa rue Ben Cheneb. Des architectes se sont spécialisés dans l’imitation des jenanes et le paysage d’El Biar en est fortement marqué.

1930-1933, année du centenaire et suivantes, seront importantes pour l’évolution de l’architecture à Alger. De nombreuses manifestations, la confrontation avec des figures emblématiques comme Le Corbusier, ébranlent les convictions. La prise de possession du site par de grands immeubles devient inéluctable. Façades panoramiques sur la baie, pilotis, brise-soleil, toiture-terrasse trouveront de multiples emplois à Alger (Bd du Télemly).

L’architecture moderne s’est en fait imposée en croisant des formes mitigées. Le Palais du gouvernement réalisé en 1930, est le premier grand immeuble des coteaux d’Alger. Il ouvrira la voie aux grands buildings. Les aménagements du Saint-George, la poste, l’école d’El Biar et la maison du Peuple sont les autres voies qui datent de l’époque. La majorité des architectures réalisées entre 1930 et 1945 ont un style composite.

La coupure viendra en 1954 avec la guerre de libération et la nomination d’un maire «dynamique» à Alger.

C’est par rapport à l’habitat social, et en particulier le logement de la population algérienne, qu’un changement va s’opérer ; un changement qui se prolongera au-delà de l’indépendance.

Durant cette période, une expérience néanmoins a un droit de cité particulier : celle de Pouillon à travers les cités de Diar el Mahçoul, Diar Es Saâda et Climat de France, inspirées de l’observation du mode de vie, de l’habitat et surtout de la sociologie d’une société multi-culturelle. Ce qui lui vaudra plus tard de prendre en charge l’infrastructure touristique algérienne après l’indépendance.

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